Artistes-monde

12 de février de 2024 Non classifié(e)

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Interview croisée

— Avec Joy Alpuerto Ritter, Shamel Pitts et Soa Ratsifandrihana*

Artistes nomades, nourri·e·s par des racines qu’iels ont parfois (re)découvertes a posteriori, Joy Alpuerto Ritter, Shamel Pitts et Soa Ratsifandrihana cultivent une identité mouvante et plurielle. Cette identité intègre et interroge les préceptes de leur formation initiale en danse, reçue dans des lieux aussi prestigieux que la Juilliard School à New York ou le Conservatoire National Supérieur Musique et Danse à Paris. Cette identité embrasse des inspirations multiples, puisées auprès de mentors ou dans les danses « populaires ». Cette identité impulse des créations initiatiques, radicales (au sens premier du terme) et essentielles, de danseur·euse·s devenu·e·s chorégraphes.

1. Comment définiriez-vous votre « identité artistique » aujourd’hui ?

Soa Ratsifandrihana (SR) : C’est une identité artistique en mouvement, qui se métamorphose perpétuellement, en lien avec mon environnement lui-même mouvant. J’ai l’impression d’être un paquet d’influences, un corps poreux, qui prend des informations à l’extérieur et les restitue à sa manière. Mon identité est donc multiple. Je peux évidemment compter sur une colonne vertébrale qui, elle, reste inchangée. C’est l’enfant que j’étais qui, j’espère, regarde encore le monde avec émerveillement.

Shamel Pitts (SP) : Je suis danseur et je me définirai toujours ainsi. C’est en tant que tel que j’aborde la vie et construis mon rapport au monde. De plus, en tant que chorégraphe et directeur du collectif TRIBE, mon identité artistique est aussi celle d’un excavateur et d’un facilitateur d’idées, de concepts et de pratiques artistiques collaboratives. Artistiquement, je me vois également comme un travailleur manuel, pour qui le travail de terrain est essentiel.

Joy Alpuerto Ritter (JAR) : Mon identité artistique actuelle se caractérise par trente-cinq années de pratique de la danse, dont dix-neuf années en tant que professionnelle. Il est difficile pour moi de définir mon travail par une seule étiquette. Toute identité est composée de multiples facettes, est amenée à évoluer et à se transformer sous l’influence de la société et du temps qui passe. En ce moment, je me concentre sur un travail de création qui s’appuie sur l’ensemble de mon expérience de la danse, résidant dans mon corps et dans mon esprit. Je m’inspire également d’autres artistes issus de différents secteurs et cultures (hip hop, voguing, danses traditionnelles…) et de mentors avec lesquels j’ai pu collaborer, tels que Akram Khan, Christoph Winkler et Armin Krain.

2. Quelle a été votre formation « initiale » ou académique en danse ? Est-elle rentrée en résonance ou en conflit avec votre identité originelle ?

JAR : Ma mère a commencé à m’enseigner les danses traditionnelles des Philippines quand j’étais enfant, lorsque nous avons quitté les États-Unis pour l’Allemagne et que j’ai démarré ma formation en danse classique à l’école de danse Armin Krain à Freiburg. On peut donc dire que j’ai appris les danses traditionnelles au sein de ma communauté d’origine. En apprendre plus sur ma propre culture, tout en habitant dans un autre pays, a été une expérience fascinante. Quand j’y repense aujourd’hui, j’ai eu beaucoup de chance et je suis heureuse d’avoir eu la possibilité d’apprendre ces danses et de développer un lien communautaire. En parallèle, ma formation académique en danse classique m’a inculqué une certaine discipline et a fait de moi une travailleuse acharnée. Je ne dirais donc pas que ces deux formations entrent en conflit, mais plutôt qu’elles s’enrichissent l’une et l’autre. Cela m’a permis non seulement de réaliser la valeur de mes racines, mais aussi d’apprécier depuis le plus jeune âge les différentes énergies et les multiples façons d’apprendre la danse, sans juger ni comparer. Par la suite, j’ai obtenu un diplôme en danse moderne à la Palucca school à Dresde. Puis, j’ai été danseuse contemporaine, tout en faisant l’expérience de l’apprentissage collectif de la culture hip hop.

SP : À l’origine, mon rapport à la danse me vient de ma mère. Elle organisait beaucoup de fêtes à la maison et je dansais avec des gens du soir au matin. J’ai commencé ma formation académique en entrant à LaGuardia High School à New York, aussi appelée « The Fame School » en référence au célèbre film du même nom. Je suis également passé par la Ailey School. Après avoir terminé le lycée, j’ai intégré la formation en danse de la Juilliard School. La danse fait partie de mes racines, car j’ai grandi dans une famille dans laquelle nous dansions constamment. C’est de là que me vient ce fil conducteur initial qui me permet aujourd’hui encore de rester connecté à l’essence même de la danse. Je crois que la danse est une forme d’art qui bouleverse et qui transcende, et qui a le pouvoir de créer du lien entre les gens en tant qu’outil d’exploration des possibilités offertes par la communication non verbale.

SR : Ma première formation est celle de la « maison ». J’ai la chance d’être issue d’une famille où l’on danse beaucoup. Tous les dimanches, nous nous réunissions pour danser et écouter de la musique. Je me souviens du piano-jazz dont jouait un ami, que je considère comme mon frère, et des jeux autour du mouvement, qui se sont peu à peu développés. Au-delà de cette « école » intuitive, basée sur l’écoute et le mouvement, j’ai suivi une formation académique. Je suis entrée au conservatoire dès l’âge de huit ans. Puis, j’ai intégré le cursus en danse contemporaine du Conservatoire National Supérieur Musique et Danse de Paris (CNSMDP) jusqu’à mes dix-neuf ans. À l’époque, il m’arrivait de questionner ma place au sein de cette institution. Mon cursus n’entrait pas véritablement en conflit avec la danse que j’avais vécue et pratiquée en famille. Disons que cette dernière m’apparaissait comme une « échappatoire ». Un casque sur les oreilles, j’y revenais par l’intermédiaire d’une danse en solitaire, d’une danse « de chambre » en quelque sorte. Elle me permettait d’échapper quelques instants à l’exigence, mais aussi à la relation au corps. Si l’académisme est questionnable, il m’a malgré tout permis d’explorer des voies fantastiques, qui m’étaient méconnues.

«J’ai l’impression d’être un paquet d’influences, un corps poreux, qui prend des informations à l’extérieur et les restitue à sa manière. Mon identité est donc multiple. Je peux évidemment compter sur une colonne vertébrale qui, elle, reste inchangée. C’est l’enfant que j’étais qui, j’espère, regarde encore le monde avec émerveillement.»

Soa Ratsifandrihana

Multiples 23/24 © Sébastien Erôme
3. Quelle empreinte votre formation a-t-elle laissée sur votre corps, votre gestuelle, votre écriture chorégraphique ?

SR : L’école m’a donné une culture chorégraphique et un bagage technique solide en danse contemporaine. Les empreintes sont bien là, mais je ne saurais identifier précisément à quels endroits elles se trouvent. Cela dépend de là où je me situe et de là où je performe. Ma trajectoire d’interprète a par ailleurs été marquée par mon passage au sein de la compagnie d’Anne Teresa De Keersmaeker. C’est une figure emblématique de la danse contemporaine, institutionnalisée, répertoriée « savante ». Sans diminuer la place qu’elle a occupée dans ma vie d’interprète, je dois compter avec d’autres empreintes : celles laissées par mon travail avec Salia Sanou ou James Thierrée, celles des danses sociales dans le cadre de soirées plus informelles…

Aujourd’hui, je suis dans une phase de « désapprendre » certaines choses pour laisser de l’espace à mon corps à ma manière de bouger. Désapprendre, c’est m’autoriser à redevenir cet enfant. Désapprendre, c’est questionner mes fondations académiques en allant chercher en dessous ou à la marge des choses merveilleuses, qui me ressemblent plus. Mon corps charrie une histoire singulière en raison de mes origines malgaches. Même si je suis née en France, une énergie circule en son sein. Cette énergie n’a peut-être pas trouvé sa résonance dans une certaine esthétique plus formelle.

JAR : Mes nombreuses années de formation technique et à la précision du geste ont assurément laissé une empreinte dans mon corps dont je suis très heureuse. Même si ces années ont été très dures et éprouvantes, elles en valaient la peine. J’ai vécu les expériences les plus précieuses de ma carrière avec Akram Khan, Christoph Winkler et la compagnie Wang Ramírez. La profondeur interculturelle, la précision, la complexité et la forte physicalité du travail d’Akram Khan m’ont amené à un autre niveau en tant qu’artiste. Christoph Winkler m’a permis d’apprendre à devenir plus indépendante et créative en tant que danseuse. Avec Wang Ramírez, j’ai appris à relier les styles du hip hop et de la danse contemporaine dans une pièce de théâtre. Par la suite, lorsque j’ai ressenti le besoin d’explorer ma propre façon de m’exprimer, j’ai commencé à accorder plus d’importance à l’aspect ludique des différents styles de danse et aux qualités de mouvement. Cela m’a permis de me sentir plus libre de créer du point de vue corporel et expressif.

SP : Au départ, je voulais devenir chorégraphe hip hop, m’installer à Los Angeles et chorégraphier des clips. Puis, j’ai suivi une formation durant le lycée principalement tournée vers la danse classique et les techniques modernes telles que celles de Martha Graham, Lester Horton, José Limon, Paul Taylor, Merce Cunningham, etc. J’ai alors commencé à apprécier ces formes d’expression pour leur douceur, leur expressivité et leur théâtralité. À présent, j’ai envie d’intégrer à cela des mouvements issus de la vie nocturne pour m’éloigner des formes classiques figées et découvrir de nouvelles choses. Ma danse actuelle est un mélange de ces deux types d’éléments.

En plus de ma formation académique initiale, j’ai dansé pendant 7 ans dans la Batsheva Dance Company en Israël. Travailler chaque jour en collaboration étroite avec Ohad Naharin, le directeur artistique de la compagnie et le créateur de la technique Gaga, a eu un impact considérable sur moi. Le Gaga ne s’appuie sur aucun style ou technique particulière. Il s’agit d’un langage au cœur duquel se trouve la notion de « bodyfulness ». Grâce à l’espace d’expression qu’ouvre le Gaga à travers le mouvement, je peux employer toutes les facettes qui composent mon identité : mes racines, ma culture, mes différentes formations, etc.

Soa_-Ratsifandrihana©LaraGasparotto

Soa Ratsifandrihana

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Shamel Pitts

JoyAlpuertoRitter©Merav-Maroody

Joy Alpuerto Ritter

Soa Ratsifandrihana

Soa Ratsifandrihana est une danseuse et chorégraphe franco-malgache. Après des études au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, Soa débute en tant qu’interprète dans des créations de James Thierrée (Tabac Rouge) et Salia Sanou (Du désir d’horizons). Elle rejoint ensuite la compagnie Rosas d’Anne Teresa de Keersmaeker. Parmi de nombreuses productions, Soa danse Fase, que la chorégraphe Anne Teresa transmettait pour la première fois à une nouvelle génération de danseurs. Récemment, elle rejoint l’équipe de Boris Charmatz pour le projet itinérant 20 danseurs pour le XXe siècle et plus encore, où elle partage son approche de l’improvisation. En parallèle de son métier d’interprète, elle développe son propre travail. Elle collabore en 2016 avec les musiciens Sylvain Darrifourcq et Ronan Courty dans Tendimite. Elle chorégraphie Dead Trees Give No Shelter avec la compagnie HowNow de Florentin Ginot. Aujourd’hui installée à Bruxelles, elle s’investit dans son projet solo g r oo v e. Soa cherche à allier le caractère impulsif et libre de la performance à un travail rigoureux de composition, sur un fond d’histoire qui lui ressemble.

Photo © Lara Gasparotto

Shamel Pitts

Shamel Pitts est un performeur, chorégraphe, danseur, slameur, artiste conceptuel et enseignant. Né à Brooklyn, New York, Shamel commence sa formation en danse à la LaGuardia High School for Music & Art and the Performing Arts et, simultanément, à la Ailey School. Shamel obtient ensuite une licence en danse à la Juilliard School et se voit décerner le prix Martha Hill pour son excellence en danse. Il débute sa carrière au Hell’s Kitchen Dance de Mikhail Baryshnikov et au BJM_Danse Montréal. Par la suite, Shamel danse durant 7 ans avec la Batsheva Dance Company, sous la direction artistique d’Ohad Naharin, et devient un enseignant certifié de la méthode Gaga. Il est professeur adjoint à la Juilliard School. Il reçoit successivement les prix Princesse Grace 2018, NYSCA/NYFA Artist Fellowship 2019, Jacob’s Pillow 2020 et New York Dance 2021 (The Bessies). Aujourd’hui, Shamel est le directeur artistique fondateur de TRIBE, un collectif artistique multidisciplinaire basé à Brooklyn.

Photo © Itai Zwecker

Joy Alpuerto Ritter

Joy Alpuerto Ritter naît à Los Angeles et grandit à Fribourg-en-Brisgau en Allemagne, où elle est formée à la danse classique et au jazz au Ballettstudio Krain. En parallèle, sa mère l’initie aux danses folkloriques philippines et polynésiennes. Elle sort diplômée de l’école Palucca de Dresde. Joy commence à travailler comme danseuse contemporaine indépendante pour des chorégraphes et des compagnies internationales comme Akram Khan Company, Wangramirez, Christoph Winkler, Constanza Macras, Heike Hennig et le Cirque du soleil. Elle élargit ensuite son répertoire aux styles de danse urbaine et devient active sur la scène des battles en Europe. Joy est nommée « danseuse exceptionnelle » (moderne) dans le spectacle Until the Lions de la Akram Khan Company par les National Dance Awards UK. Depuis 2016, elle trouve un écho international en tant que chorégraphe.

Photo © Merav Maroody

4. Quelle place occupent vos « racines » dans votre vie d’interprète et de chorégraphe ? Vous définissent-elles encore aujourd’hui ?

SP : Je ne dirais pas que mes racines me définissent, mais plutôt qu’elles sont une influence. Je suis Afro-américain. J’ai grandi entouré de personnes noires à Brooklyn, et donc au sein de la culture et de la communauté noire. Cela fait partie de mon identité. Il est important pour moi d’intégrer mon passé à mon présent et à mon avenir, et de partager cela de la façon que j’espère la plus claire possible. Parmi les éléments qui m’influencent, je peux citer, entre autres, la complexité du groove, ou bien le caractère passionné, doux, vivace, haut en couleur, espiègle ou sophistiqué de la culture noire dans son ensemble, contenue dans le large éventail de formes d’expressions qu’elle propose. Partout avec moi, j’emporte ces ingrédients. Ils nourrissent à la fois ma danse et mon style chorégraphique.

JAR : Mes deux parents sont Philippins, mais je ne me suis jamais sentie complètement Philippine moi-même. Je suis née aux États-Unis et j’ai grandi en Allemagne, je ne me sens donc pas non plus entièrement Américaine ni Allemande. Depuis toujours, je voyage beaucoup en raison de ma famille dispersée, mais aussi grâce à la danse, qui me mène aux quatre coins du monde. Les danses traditionnelles des Philippines que ma mère m’a transmises ont une place spéciale dans mon cœur et dans mon travail chorégraphique, et je souhaite aujourd’hui m’y replonger et en apprendre davantage sur elles. La culture hip hop m’a également ouvert de nouvelles portes sur le plan physique, énergique et mental. Cette culture me définit aussi et exerce une grande influence sur ma manière de créer et de danser. Plus je vieillis, moins je ressens l’obligation de mettre une étiquette sur mon style de danse. J’ai appris à accepter toutes les influences qui me traversent et à m’exprimer à travers elles, et c’est ce que je vais continuer à faire, tant que jouer avec ces éléments de manière créative et transcendantale me paraît être un défi intéressant en tant que danseuse et chorégraphe.

SR : Avec mon premier solo groove (2021), j’avais envie de revenir à la source, à cette émotion première suscitée par l’écoute d’une musique. La pièce compte également des passages plus sophistiqués, marqués par mes différentes empreintes. Madagascar est présent en « toile de fond » avec quelques références, parmi d’autres, au sein du spectacle. Dans mon prochain projet, Madagascar occupera en revanche une place prépondérante. Au départ, il y a une question : quelle est l’histoire que j’aurais aimé entendre petite ? Elle fait écho à mon héritage malgache, que j’ai reçu en fragments et que j’essaye aujourd’hui de reconstituer à la manière d’un puzzle. « Un arbre sans racine ne pousse pas », m’a-t-on dit. Alors, il est temps pour moi de revenir à la base pour me reconstruire.

5. Comment faites-vous cohabiter les multiples « couches » qui vous constituent ?

SR : Pour la house et le hip-hop, il s’agit d’énergies que je tente de capturer ou d’états d’esprit que j’apprends à connaître. Étant issue de la danse contemporaine, je n’ai pas envie d’infuser de la house ou du hip-hop dans une forme plus « savante ». Sur le plan de l’écriture, je me considère davantage comme une médiatrice que comme une chorégraphe. Je compose à partir de ce que je vois. Mon corps fait son propre cheminement ensuite. Cela peut prendre la forme d’un mouvement continu qui se métamorphose par le biais de répétitions ou de multiples citations. Ainsi, une danse sociale comme le « madison » peut, par de légères transformations, venir se frotter à une danse malgache, plus sensuelle.

À l’origine, je suis une interprète, « au service de ». Mon passage à la chorégraphie a été motivé par le fait que j’ai envie de venir entière sur un plateau, chargée de mes propres références. Maintenant que je m’identifie comme chorégraphe, de nouvelles portes s’ouvrent, bien que je reste « au service de » personnes et de sources d’inspiration que j’estime importantes et que je souhaite rendre visibles sur le plateau.

SP : Pour moi, il s’agit de laisser ces couches cohabiter les unes avec les autres, même si cela peut avoir une dimension chaotique. Je n’essaie pas d’y mettre de l’ordre ni de me débarrasser de l’une d’entre elles. J’autorise chaque matière, entité, histoire, identité et forme à faire partie du chemin et de mon être. Je ne suis pas fait que d’un seul bloc. Nous sommes tous constitués d’une multitude de couches qui forment un tout. Je n’essaie pas d’aller à l’encontre de cela ni de donner un sens au caractère multifacette de l’identité. J’espère simplement qu’avec tous ces ingrédients, je parviendrais au final à laisser derrière mon passage un souvenir agréable.

JAR : Je pense qu’il est essentiel de consolider et de comprendre en profondeur chaque couche autant que possible avant d’essayer d’aller au-delà. Lorsqu’un style de danse m’intéresse, il m’est important de connaître son origine et de respecter son histoire et son essence même.

Maîtriser une certaine technique prend également du temps et nécessite de la patience, se focaliser dessus un certain temps est donc central. Je suis passée par de nombreuses années de formation et de réflexion, et par plusieurs crises d’identité, mais pour jouer correctement une partie, il est indispensable de bien connaître ses cartes. Comme dirait Mr. Wiggles : « learn it, earn it, then burn it », c’est-à-dire apprendre, mériter, puis s’affranchir.

Aujourd’hui, quand je crée, il m’arrive d’utiliser en même temps un style de danse différent dans plusieurs parties du corps, pour voir comment résonne en moi cette qualité de mouvement détournée et pour explorer des transitions de mouvement qui brouillent la reconnaissance des styles. Le geste évolue alors en quelque chose de nouveau, de singulier et de plus intéressant, moins défini par une technique spécifique. Que ressent-on lorsque l’on utilise une certaine technique sur une musique inhabituelle, avec un rythme et dans un contexte différent ? Mon but n’est pas de faire la démonstration de ce que je sais faire au public, je me concentre plutôt sur ce que je peux faire ressentir à ce dernier. Pour cela, je m’appuie sur le corps et l’âme en tant que vecteur d’expression de notre physicalité et de nos parcours de vie.

*Propos recueillis par Honorine Reussard, CCNR/Yuval Pick

 

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